Bouleversements salvateurs

23/03/2025

Je n'ai jamais écrit sur le père de mon fils. Je n'ai jamais écrit sur cet intense et pérenne amour, ni sur sa fin qui restera à jamais un immense regret, une blessure ouverte, un truc qui encore une fois m'a échappé, un truc qui encore une fois n'était pas de mon ressort, un truc sombre et souterrain qui venait noircir notre vie en couleurs et douceurs sans que nous comprenions vraiment pourquoi. Les traumatismes de l'enfance sont bien souvent enfouis et provoquent des dégâts parfois incompréhensibles car  ils se réveillent inopinément et bouleversent le cours serein des choses...  Pas de violence en fait, juste les ténèbres qui bloquent la lumière d'entrer... La joie de vivre et respirer...

Je suis partie notre fils sous le bras en proposant d'abord de ne plus vivre le quotidien ensemble mais de rester un couple, de rester une famille, hors norme mais une famille, Léo avait 4 ans. Après avoir l'impression d'avoir tout tenté pour sauver ce si grand amour, j'ai fini par capituler, j'ai lâché le combat que je menais, j'ai rendu mes pauvres armes de femme amoureuse désespérée. 

Ensuite on se demande perpétuellement si l'on a vraiment tout tenté ? Si l'on a pas été aveuglé par une situation qui nous a paru sans issue... 

Et pourquoi n'ai-je pas eu la force de continuer à chercher les clefs pour ouvrir toutes ces portes verrouillées ? Ai-je eu raison de ne pas vouloir sombrer dans des ténèbres qui ne m'appartenaient pas ? Je le crois effectivement... Et pourtant mon cœur saigne toujours autant de ne pas avoir trouvé la solution miracle, de ne pas être fée, sorcière, magicienne capable de changer l'âme et le cœur en souffrance d'un autre que moi. 

Après 15 années de vie commune et un amour long de plus de 20 ans, (nous nous sommes rencontrés et aimés j'avais tout juste 20 ans) ... j'ai senti que notre amour/ amoureux mourait. J'ai décidé alors de quitter ce beau ténébreux mon grand amour... Mon amant, mon homme, le père de notre fils. 

J'aime toujours profondément Didier, car malgré nos déchirures amoureuses, malgré nos cœurs ravagés par notre échec, malgré tout ce chagrin commun, vécu chacun à notre manière, nous avons réussi à rester un couple parental uni, cohérent, indéfectible jusqu'à aujourd'hui. Nos tendresses mutuelles, notre profond respect l'un envers l'autre n'est jamais mort, et l'amour commun, que nous portons à Léo, partagé sans restriction aucune a consolidé un lien déjà très beau. 

Ce grand amour, ce bel amant, ce père aimant, n'a jamais quitté ma vie de femme libre de mes 20 ans à mes presque 60 ans. 

Nous n'avons pas pu vivre ensemble les dix premières années... Nous avons du nous séparer alors que notre amour rayonnait, nous ne sommes pas vu pendant six ans. La vie m'a offert un autre amour fort et singulier. Cet amour là m'a quitté (aujourd'hui c'est un frère de cœur) et j'ai appelé au secours de toute mes forces mes ami-es, les femmes de ma famille et l'amour de mes vingt ans, Didier, qui a pris mon corps amaigri dans ses bras pour l'aimer et recevoir des flots de larmes au cœur de nos étreintes sans jamais me le reprocher. C'est ainsi que notre vie amoureuse a repris son cours, que notre vie commune s'est construite. Plus rien ne pouvait l'empêcher. Cette vie amoureuse puis parentale n'est en rien linéaire et classique, pourtant rien, ni personne n'a pu vraiment nous séparer. Nous sommes là l'un pour l'autre, nous sommes là pour Léo, soudés, à l'écoute l'un de l'autre toujours. Et je dois bien avouer que j'en suis assez émerveillée. Je dois bien avouer que la voix de Didier m'apaise toujours lorsque je suis en grands tourments, perdue, défaite. Que je le sais, malgré ses propres tourments, solide et aimant, que nous nous connaissons par cœur et c'est le cas de le dire. 

Quand j'y regarde de plus près nos cœurs l'un vis à vis de l'autre n'ont jamais failli. J'ai grandi avec lui. Je suis devenu amante et réellement aimante avec lui. Je suis devenu mère avec lui. Je vieillis avec lui, même si nous ne vivons pas ensemble. La beauté de son âme m'émerveille toujours autant. Oh, je ne dis pas là qu'il ne m'a pas fait souffrir... L'amour n'est jamais un long fleuve tranquille... Mais la constance de nos cœurs l'un vis à vis de l'autre, alors que nous aurions pu nous déchirer à mort, m'époustoufle vraiment. C'est une grande joie de s'apercevoir que la vie toujours en mouvement nous a offert les moyens de construire cela ensemble contre toutes les adversités rencontrées. 

A toi Didier mon ténébreux. A toi de toute mon âme reconnaissante. A toi, mon cœur constant et fidèle.

En ce moment Didier fait face à la violence vécue lors de sa scolarité au collège privé de Saint Pierre du Relecq-Kerhuon.... En Bretagne. Le flot de sa mémoire sensorielle le submerge et surtout des connections faites en toute conscience aujourd'hui éclairent sa vie d'adulte et les émotions qui ont pu l'assaillir sans qu'il en comprenne vraiment le sens, des ténèbres intérieures bien inscrites, cicatrices à vif en fait, malgré un long travail de résilience.  Un collectif s'est créé. Des plaintes sont déposées.  Léo et lui, lui et moi, moi et Léo avons beaucoup échangé ces derniers jours. Ces échanges concrétisent nos liens affectifs profonds, ces beaux liens que nous avons réussi à nourrir tout au long de ces nombreuses  années. Nous comprenons aussi, chacun à notre manière, les ombres dévastatrices qui ont pu surgir lors de nos parcours de vie et bousculer la sérénité de ceux-ci. Il se passe quelque chose de beau. Et j'avais envie d'en témoigner. 

Le 23 mars 2025. Photo prise pour un article paru dans Le Point en Mars 2025.