Dixième lettre

01/03/2025

Phil, 

Je respire la paix qui m'entoure. Je respire ce que j'ai créé au sein de mon foyer. J'ai, je crois bien, "sauvé" mes fils de l'enfer, celui imposé par un autre (toi, le père de mon beau fils) et j'espère aussi de leur enfer tout personnel. Je ne suis pas encore sûre de mon coup en ce qui concerne mon fils biologique, le plus jeune des deux... Je ne suis pas une héroïne, j'ai juste appris à être un filet de sécurité solide, constant, aimant, à résoudre les épreuves les unes après les autres, à demander de l'aide, à accepter d'être aidée, à remercier toutes celles et ceux qui m'ont aidée y compris mes deux fils et toutes les belles âmes à jamais inscrites dans ma vie. Je respire la paix que j'ai recréé ces dernières années au sein de mon foyer. Ma nouvelle maison. Mon havre de paix justement. Je respire profondément cette paix existant dans ce tout petit îlot intime. Je la respire profondément, doucement, tendrement et je la déguste aussi le plus possible. Qui sait combien de temps ce petit îlot bien protégé du monde le restera-t-il encore ? Il y a trois ans déjà mon fils m'a réveillée en pleine nuit en m'annonçant le début de la troisième guerre mondiale car la Russie venait d'envahir l'Ukraine et donc de déclarer la guerre. Léo est passionné par l'histoire depuis tout petit et lorsqu'il a grandi la géo politique est entrée dans sa soif de comprendre le monde, de nos discussions sont nés plusieurs textes. Mon côté lumineux et optimiste a résisté à ses déclarations fracassantes. Avec humour je l'ai surnommé Cassandre, car ce n'était pas là première fois que je l'entendais m'annoncer le pire pour notre humanité. Il s'est même engagé à l'armée pour apprendre à se battre et ne pas rester impuissant face à la débâcle humaine qu'il sentait venir. Il en est parti au bout six mois pour des raisons de santé et nous avons galéré pendant neuf mois pour qu'enfin soit posé un diagnostic, un traitement donné, et sortir la tête hors de l'eau. En secret je remercie la vie d'avoir extirpé Léo de son choix radical, même si d'autres inquiétudes nous ont accompagnés pendant 9 mois. Et aujourd'hui je regarde le monde, certes beaucoup trop à travers les mauvaises nouvelles annoncées par les médias... mais force est de constater que la majorité de nos dirigeants actuels font la part belle à la barbarie, la veulerie, la violence, la domination et la haine... Ce fut difficile de résister à Cassandre pour ne pas se faire engloutir dans ces prévisions sombres et pessimistes concernant l'avenir de notre humanité. C'est encore plus difficile aujourd'hui de se dire qu'il avait vu juste. Alors je respire ma paix intérieure et celle de mon foyer, aussi fragiles et minuscules qu'elles soient ... pour l'instant ces deux paix là ont réussi à "sauver" mes fils de leur tourments intérieurs, il n'y eut pas qu'elles bien évidemment, mais je sais qu'elles ont joué un rôle important. Ce soir dîner familial, Léo, Arthur, Zoé et moi. C'est sûrement pour cela ce besoin de t'écrire. Nous avons gardé précieusement la belle habitude de manger ensemble très régulièrement et de nous offrir une soirée jeux de sociétés pleine de rires et de joie de vivre, comme au temps de ton vivant, Phil.                  Voici quelques nouvelles du monde et de nos fils.                                                       Tes épaules me manquent, et même si tu nous a imposé ton enfer d' homme alcoolique sur la fin de ta vie, les années précédentes furent remplies d'amour, de rires, de chants, de discussions passionnées, de virées magnifiques, et ta maison devenue notre maison, regorgeait de vie. Ma maison est plus douce, plus calme aussi, nous en avions besoin, mais le rire, l'humour et la joie y surgissent régulièrement. Aujourd'hui je pense à toi, comme tous les jours depuis ton choix de mettre fin à tes jours. 

Je t'aime. Cilou.