Douzième lettre comme un écho à la onzième
Phil, il y a cette photo qui fait écho à la tienne. Aujourd'hui impossible de travailler. Je suis toute retournée, chamboulée, émue, je ne suis plus dans mon corps mais dans celui de mon adolescence, de cette nuit passée avec toi. Ce rêve m'a transporté dans un autre temps, ni notre passé, ni notre futur, ni mon présent, une jeunesse retrouvée et irréelle. Mon corps , mon cœur, mon âme sont assaillis par ma mémoire sensorielle à vif. Elle s'incruste, je devrais lui en vouloir, elle pulvérise ma journée et pourtant je lui en suis reconnaissante. Je ne veux pas la lâcher. Je veux passer ma journée avec toi. Je veux te retrouver cette nuit. Je sais que cela n'est pas raisonnable, car il faut que j'écrive pour mes deux jeunes comédiennes Suzie et Camille, que je fasse nos dues (déclaration d'embauche du mois d'avril pour les Egalithes), je devrais faire les courses et je m'en fous des courses. Je veux être avec toi. Je veux ta bouche, ton sourire, tes caresses, ta peau, ton sexe, ton regard noir et perçant, ton large dos, je veux nos longues et passionnantes discutions. Je te veux vivant, aimant, amant. Ce rêve m'a flingué ma journée, je ne suis bonne à rien. En rêvant, je sentais qu'il ne fallait pas que je rêve de toi ou que je me souvienne de ce rêve. Ma conscience tentait vainement de me ramener sur les berges du raisonnable. Mon corps, mon cœur s'en contrebalançaient, tout à leurs joies de te retrouver vivant, jeune et bien portant, de me sentir comme telle aussi. Mon œil, oui ! Je ne suis plus jeune et tu es mort. Ma journée est totalement ravagée par cette douleur qui heureusement m'avait un peu lâché la grappe depuis deux ans maintenant... La voilà revenue, aujourd'hui, prenant de nouveau ses quartiers. Et honnêtement, je ne sais si je la hais ou si je l'aime cette douleur intolérable du manque qui s'arrange pour que ma mémoire sensorielle soit vivante, oh ! Combien vivante.
Je la hais et je l'aime... simultanément,.. hélas.
A nos quinze ans... A nos beautés adolescentes. Nous étions MAP, un groupe hors du commun. Nous étions sœurs et frères de cœur. Amoureuses et amoureux en devenir. Troublés par nos corps de jeunes adultes naissants. A vous toutes et tous mes sœurs et frères encore vivants. Je pense à vous aussi tout le temps. Je vous aime.
Photo Denis Chevaleyre.